Contexte :
La gouvernance des
territoires, dans le cadre de la décentralisation et de
l’ouverture de l’Europe, mais également dans les pays du sud
avec le désengagement des Etats, met en scène de nouveaux
lieux de décision et d’action. Différents acteurs
interviennent pour gérer le territoire, acteurs locaux et
institutionnels, partenaires publics et privés,
représentants de l’Etat, élus des collectivités
territoriales, professionnels, société civile. Les
conclusions des sommets de Rio et de Johannesburg soulignent
« Dans le cadre du développement durable, chacun est un
utilisateur et un fournisseur d’informations, au sens large. Il faut
entendre par là, des données, des renseignements, des
expériences présentées de façon
appropriées et des connaissances. Le besoin d’information se
fait sentir à tous les niveaux, du niveau national et
international chez les principaux décideurs au niveau local et
à celui de l’individu … »
Le concept de « territoire » s’appuie
sur la connaissance
des processus sous-jacents (naturels et anthropiques) et de leurs
interactions diverses (soit entre processus soit avec les «
forçages » naturels.). Les structures de niveau
décisionnel disposent d’outils de régulation divers (soit
édictés par des rouages administratifs de niveau divers
internationaux, nationaux, régionaux, etc. soit issus de
politiques concertatives), l’impact de l’interaction entre ces
structures et le « territoire » constitue aussi un des
enjeux primordiaux.
Pour compléter, notons que les secteurs d’activités
concernés et les niveaux où celles-ci s’organisent sont
multiples. Les activités sont donc à prendre en compte et
à intégrer dans toutes leurs dimensions tant
économiques que sociales, écologiques que culturelles.
Les « territoires » sont ainsi collectivement construits,
dans leur matérialité comme dans leur valeur symbolique,
via des processus innovateurs. Deux spécificités marquent
l’avènement de ces nouvelles formes d’organisation. D’une part,
la participation des acteurs est de plus en plus demandée, pour
la gestion de l’eau comme pour celle de la forêt, pour la mise en
place des « agenda 21 » comme pour les projets de
territoire, ... D’autre part, les échelles spatio-temporelles en
jeu sont mutiples. Il est donc important d’intégrer des niveaux
politiques supérieurs comme par exemple celui de la ville, ou du
réseau de villes et de leurs rôles dans des questions
d’aménagement du territoire. Les recompositions territoriales
qui en résultent sont de
plusieurs ordres.
- Organisationnelles, car il s’agit de coordonner des
actions à différents niveaux et de combiner
différentes logiques.
- Spatiales, car elles génèrent de
nouvelles entités spatiales de gestion (et une
légitimité des acteurs correspondant à
définir) et produisent de nouvelles configurations.
- Cognitives, car de nouvelles visions du territoire
émergent et les représentations des acteurs
évoluent.
Cela introduit de nouveaux concepts, méthodes et outils
pour accompagner ces processus dans leur diversité et leur
complexité.
Concernant les domaines d’application, de nouvelles compétences
sont requises
dans trois grands types d’application :
- Créateur de milieu : Il s’agit d’inventer ou
de valoriser les ressources d’un territoire, de créer de
nouveaux produits, filières, organisations. Il est
nécessaire de récolter, organiser et disposer des
informations relatives à ces ressources et produits puis de
raisonner leur répartition et leur intégration
territoriale, en particulier compte-tenu des risques encourus ou
déclenchés par les activités liées à
ces ressources.
- Gestionnaire de l’espace : On s’éloigne de
la notion de « gestion » prise dans son sens technique pour
approcher celle de gestion intégrée. Cela amène
à développer la multifonctionnalité des espaces et
à combiner les fonctions résidentielles et de production,
récréatives et de conservation. Différents
scénarios d’évolution sont à considérer et
la recherche de solutions passe par une combinaison adaptée
à chaque situation.
- Connecteur de réseaux et de territoires :
Tirer parti des réseaux pour le développement des
territoires devient une nécessité, cela demande
d’anticiper les dynamiques induites par les infrastructures d’une part,
les réseaux immatériels d’autre part (réseaux
informationnels, sociaux, ...) et de raisonner les ancrages
à renforcer. Il s’agit de gérer l’articulation avec
tout un ensemble de territoires voisins et à distance.
Promouvoir des territoires en réseau, c’est ouvrir de nouvelles
opportunités et générer des configurations
inédites dont on a besoin de se faire une représentation.
Concernant les problèmes méthodologiques, cette
problématique de
gouvernance des territoires renvoie de manière spécifique
aux trois classes de problèmes :
- Echange et diffusion d’informations
territoriales . L’information provient de différentes sources,
données statistiques et cartographiques ou dires d’acteurs,
observations de terrain ou connaissances expertes, … Elle doit
être organisée, mutualisée afin d’être mieux
échangée et partagée. Les
référentiels sont divers, qu’ils renvoient aux actes
concrets ou symboliques, aux intentions ou aux actions. Il s’agit
non seulement de les échanger et de les communiquer, mais aussi
de leur donner sens et de les traduire selon les différents
référentiels cognitifs. La question du traitement, selon
des méthodes propres aux différents domaines
concernés et leur harmonisation, ainsi que celle de la
restitution selon différents registres sont à
approfondir. De même, devront être approfondies l’analyse
de séries temporelles d’information et l’extraction de
corrélations ou de motifs spatio-temporels significatifs (pour
construire des indicateurs pertinents).
- Suivi en temps réel de dispositifs. Ce ne
sont pas tant la mobilité ou l’événement
catastrophique qui sont spécifiques à la
problématique de gouvernance mais essentiellement la vision en
dynamique des processus et de leurs interactions. En effet, un
diagnostic de territoire se fait dans une perspective de changement,
sur un territoire lui-même en évolution, avec des acteurs
qui continuent à prendre des décisions et à mettre
en place des actions de façon adaptative. L’analyse de cette
interaction entre processus doit tirer parti des développements
liés aux techniques de saisie des informations en temps
réel ainsi que des approches informatiques de simulation.
- Multi-représentation spatiale. Du fait des
multiples outils et des multiples formes de représentation
spatiale, il est nécessaire de proposer des traductions, ou pour
le moins des passerelles, pour passer de l’un à l’autre. Pour
ajouter du sens à des objets spatiaux, pour définir des
relations spatiales avec des significations fonctionnelles, pour rendre
compte des caractéristiques qualitatives des
représentations des acteurs, il convient d’élargir les
référentiels existants et de les faire coexister.
Objectifs :
Dans le cadre de
la gouvernance des territoires, marqué par les
problématiques de développement durable, de participation
et de conception de projets de territoire …plusieurs directions
seront plus spécifiquement approfondies et ceci
conformément à deux aspects complémentaires
cognitifs et applicatifs.
Sous l’aspect cognitif, nous proposons d’aborder :
- L’analyse de dispositifs : Suivi des actions
en train de se faire. Saisie et traitement de trois types
d’informations : quels acteurs concernés, quelles actions mise
en œuvre, quelles représentations spatiales produites ?
Simulation des conséquences de ces actions.
- Leur mise en situation : Mise en place
d’expérimentations sous forme de séances de travail avec
consignes pour étudier les interactions entre participants et
les étapes de la construction collective d’objets
géographiques. Test de différentes modalités de
jeux collectifs.
Sous l’aspect plus applicatif nous proposons d’aborder :
- L’élaboration d’outils de construction
d’ontologies (à partir de modèles de fonctionnement du
« territoire »)
- L’élaboration d’outils de simulations
multiéchelles, intégrant simultanément des
processus spatiaux et des décisions d’acteurs dans le but de
tester des scénarios de stratégies d’aménagement
du territoire.
- L’élaboration d’outils d’extraction de
connaissances (algorithmes, recherche de motifs spatio-temporels)
Enfin le groupe de travail se fixe aussi comme objectif la construction
de modules de formation alliant les deux aspects complémentaires
:
- Formalisation d’opérations
élémentaires d’apprentissage de compétences.
Apprendre à traduire des phénomènes en objets
spatiaux qui se transforment, apprendre à combiner champs,
échelles, interactions et dynamiques pour analyser les modes
d’organisation des territoires, apprendre à interpréter
des configurations spatiales en relations fonctionnelles.
- Formalismes de représentation des
connaissances, mutualisation par médiation.
Le groupe de travail doit mettre en relation les praticiens de
l’aménagement des territoires avec les scientifiques du domaine
et définir, avec les informaticiens, les besoins en outils et
méthodes pour accompagner les processus de construction et de
gouvernance des territoires.
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