Groupe de travail « Cartactive » du GDR SIGMA (pdf)
Contexte.
Explorer, représenter, communiquer, comprendre, connaître : même si elle a connu une évolution fantastique dans l’Histoire, la carte n’en a pas pour autant perdu son essence même. En effet, sa construction n’a eu de cesse de s’enrichir de nouvelles méthodes de représentation et de nouveaux moyens (matériels et logiciels, notamment) pour faciliter le travail du cartographe. Avec l'avènement de la société de l'information, les échanges de données entre individus et le débit de ces flux augmentent. Dans cette mouvance, la carte en mouvement constitue un support clé de communication et d'analyse des processus dynamiques dans l'espace géographique.
La carte en mouvement fait référence à différents aspects que nous regrouperons sous le terme de Cartactive :
L’animation correspond à une (méthode de) séquence d’images ou de cartes retraçant un phénomène, pour en percevoir la continuité, la dynamique.
L’interactivité indique la teneur du rapport sensible et permanent qu’entretient l’utilisateur avec la carte. S'y associe généralement le terme de dynamique.
Le multimédia qui fait appel à un ensemble de supports divers dont l'utilisation conjointe est riche d'enseignements pour l'analyse.
L'activité de ce groupe de travail s'inscrit plus globalement dans les recherches sur la géovisualisation.
Précisons la principale motivation du groupe de recherche. Autour de nous fleurissent les outils de (géo)visualisation. Ils sont attirants par leurs couleurs, leur convivialité, leur facilité d'accès (internet, syndrome du clic). Mais la vraie question de fond est celle de leur intérêt fondamental pour la compréhension profonde des phénomènes, pour l'acuité de l'expertise sur l'espace, et, en bout de chaîne, pour l'amélioration de la pertinence des décisions d'aménagement sur notre environnement et notre cadre de vie. Le groupe se positionnera sans cesse dans cette perspective, en réfléchissant en quoi une approche, une méthode ou un outil cartographique est vraiment utile, pour qui, de quelle façon, et à quel niveau de la chaîne d'analyse.
Objectifs.
Les domaines de recherche touchant cette problématique sont variés. Cela concerne l’élaboration d’outils et de méthodes ayant la capacité :
1. de reproduire des phénomènes dans le temps. Typiquement, il s'agit d'animer des séries de cartes ou d'évènements spatialisés, afin de découvrir des changements d'états, des vitesses de processus, des ruptures, des discontinuités dans le temps et l'espace, etc.
2. d'explorer dynamiquement et interactivement l'information géographique sous toutes ses formes (descripteurs, topologie, relations, statistiques). Par exemple, l'analyse exploratoire développe des concepts et des outils qui permettent de disposer de représentations graphiques variées et multiples d'objets, afin d'analyser leurs relations.
3. de faciliter le repérage des objets mobiles :
soit pour l'individu lui-même [3a] qui doit pouvoir se repérer dans son environnement, (e.g. systèmes cartographiques embarqués dans des PDA)
soit pour un suivi global [3b] qui permet de suivre un ensemble d'objets à un plus haut niveau (e.g. monitoring d'une flotte de véhicules d'un transport en commun).
4. de modéliser et reproduire des fonctionnements complexes en prenant en compte un ensemble d'objets mobiles individualisés ou agrégés et leurs interactions. La modélisation du fonctionnement des agglomérations urbaines en est un exemple.
Ces quatre volets peuvent être imbriqués et faire appel à tout ou partie de leur composants. Par exemple, en faisant abstraction des problèmes d'ergonomie et de sécurité de conduite, imaginons qu'un chauffeur de taxi puisse se repérer géographiquement par GPS avec un environnement plus ou moins généralisé dédié à ses habitudes (volet 3.a), possède en permanence sur son écran tactile la localisation de ses collègues chauffeurs (volet 3.b), et peut, s'il le souhaite, visualiser ses propres (ou leurs) tournées passées (volet 2) ou prévues (volet 3), tout en surveillant à tout moment où les clients potentiels se situent sur la carte en mouvement (volet 4).
Concrètement, une telle application, pour qu'elle soit viable et efficace, poserait plusieurs problèmes d'ordre méthodologique, qui pourraient être abordés dans le groupe « Cartactive » :
[angle « méthodes & outils »] Quels sont les outils et les méthodes valides et mobilisables à ce jour (étudiés à travers leurs apports et leurs limites) des domaines opérationnels et du domaine de la recherche (outils de cartographie et d'animation pour volet 1, analyse exploratoire pour le volet 2, systèmes de géolocalisation et centrales de mobilité pour le volet 3, environnements de modélisation et de visualisation dynamique d'objets mobiles pour le volet 4) ? Quelles sont les améliorations techniques et méthodologiques possibles et les problèmes posés, d'un point de vue informatique notamment (relation ligne de temps et espaces, efficacité des formats SVG, Flash, protocoles client/serveur, web services localisés, par exemple) ?
[angle « utilisateurs »] Quels sont les acquis, habitudes et pratiques des cartographes au sens large (de l'individu utilisant intuitivement son GPS au sémiologue réalisant et analysant les cartes d'un atlas interactif) à partir desquels on pourrait développer un cadre fonctionnel englobant et rigoureux (aspects transversaux à tous les volets : transposition aux cartes en mouvement des règles sémiologiques des cartes statiques, éléments graphiques perçus des cartes en mouvement, niveaux de généralisation requis dans différents contextes, etc.) ? Sur quelles références peut-on se baser pour construire une telle expertise commune ?
[angle croisé « utilisateurs<=>méthodologies »] Comment développer et évaluer des méthodes propres à rendre les services désirés par différents types d'utilisateurs ? Quelles nouvelles approches inventer aptes à être intégrées dans le référentiel cognitif des utilisateurs ? Quels protocoles d'analyse capable d'évaluer la capacité des individus à percevoir une information « juste » ou ciblée ? Quelles dérives peut-on potentiellement observer dans l'utilisation des cartes en mouvement ? Au fond, quelle est la portée des cartes en mouvement dans les processus de décision sur l'espace ?
Toutes les applications géographiques sont les bienvenues, du moment qu'elles soulèvent des problèmes méthodologiques.